Au Père-Lachaise, certains défunts n’ont pas dit leur dernier mot. Le célèbre cimetière parisien regorge d’histoires toutes plus fantastiques les unes que les autres. Si l’endroit est connu pour être la dernière demeure de nombreuses célébrités, d’autres pensionnaires sont bien décidés à s’approprier les lieux. Parmi eux, des célébrités qui refusent de sombrer dans l’oubli, des amoureux transis ou des inconnus qui aspirent à transcender la mort. À chacun sa façon de s’exprimer. Depuis l’au-delà, on ne compte plus le nombre de manifestations surnaturelles qui assurent sa renommée. Pour les amateurs d’ésotérisme, une exploration hors des sentiers battus qui offre l’occasion d’une balade au vert dans la capitale. Tour d’horizons des phénomènes paranormaux les plus emblématiques de ce haut lieu de recueillement.
1/ Les tombes les plus hantées du cimetière
Jim Morrison
Il fait l’unanimité. De l’avis de tous, le plus célèbre des locataires du Père-Lachaise, inhumé dans la 6e division, est Jim Morrison. Outre son talent, le chanteur a fasciné par ses excès et fascine toujours autant après sa mort en juillet 1971, à l’âge de 27 ans. Depuis, la légende du rock attire de nombreux fans nostalgiques de Riders on the Storm dans la capitale. Ils se recueillent, fleurissent sa tombe, font la fête, chantent, dansent et boivent pour rendre hommage à leur idole. Ici, on lui voue un véritable culte, au point que certains visiteurs affirment ressentir une présence singulière autour de sa stèle. D’autres évoquent des sensations de froid, des frissons, entendent une musique lointaine, et des rumeurs persistantes circulent, tant sur ses apparitions nocturnes que sur des phénomènes toujours inexpliqués.
L’expérience vécue par un touriste américain, historien en musicologie, est à ce titre édifiante. En 1997, Brett Meisner prend la pose devant le tombeau. Son ami capture l’instant, il développe la photo et l’oublie dans un carton. Mais alors qu’il se penche sur les négatifs cinq ans plus tard, il remarque une ombre à l’arrière-plan. Une silhouette à l’allure spectrale, qui ressemble étrangement à celle du chanteur, se tient debout derrière lui, les bras tendus, dans la position iconique de Jim Morrison. Tout le monde pense à un coup de bluff. Décrié, le cliché est soumis à l’expertise de plusieurs professionnels. Tous sont formels : la photo est authentique, sans trucage. D’après Brett Meisner, la photo est source de malédictions et ne lui a apporté que des malheurs depuis sa publication.
Malgré sa notoriété, la tombe discrète de la star du rock, à l’instar de celle d’un anonyme, tranche avec le faste et le style néo-gothique du mausolée des plus vieux résidents de la nécropole de l’est parisien.
Héloïse et Abélard
Héloïse et Abélard, deux illustres amants que la vie a séparés, mais que le trépas à réunis. Au XII e siècle, l’éducation d’Héloïse, une jeune nonne de 17 ans, est confiée à un enseignant et ecclésiastique réputé, Abélard, de 22 ans son aîné. Le maître et l’élève deviennent amants, se cachent pour s’aimer, s’enfuient pour se marier. Et toujours dans le plus grand secret ont un enfant. Le scandale éclate. Le parrain d’Héloïse, furieux, se venge : Abélard est émasculé. Le professeur se réfugie alors à l’abbaye de Saint-Denis, où il devient moine, tandis que sa jeune épouse prend le voile avant de devenir abbesse en 1129. Les époux ne se reverront plus de leur vivant. Malgré cette séparation des corps, ils restent fidèles l’un à l’autre. Si la force du lien qui les unit reste un mystère, des pistes qui permettent de surmonter les obstacles dans le couple sont aujourd’hui explorées. Eux ont choisi d’exprimer leur attachement par une correspondance restée depuis dans les annales.
Vingt ans après le décès d’Abélard, Héloïse le rejoindra dans le même cercueil au Paraclet. Selon la légende, Abélard a ouvert les bras pour recevoir, dans une étreinte éternelle, le corps de sa bien-aimée. En 1917, le tombeau du couple est transféré au Père-Lachaise. On leur édifie une monument funéraire digne de leur amour, leurs gisants reposent à jamais côte à côte. Depuis, des badauds disent les avoir aperçus, nimbés de brume, main dans la main, se promener dans l’allée. Des amoureux viennent se recueillir afin d’obtenir leur bénédiction, dans l’espoir de vivre un amour sincère et durable.
Mademoiselle Clairon
Non loin de là, dans la 19e division, la sépulture de la comédienne Mademoiselle Clairon, réputée aussi belle qu’intransigeante, est le théâtre d’un amour tragique et à sens unique. De son vivant, elle avait éconduit un soupirant un peu trop empressé. Inconsolable, l’homme avait émis le désir de la revoir une dernière fois avant de rendre son dernier soupir. Devant son refus, il aurait alors juré de la hanter jusqu’à sa mort. Et aurait tenu parole. Dans la Revue spirite d’Allan Kardec, la comédienne atteste de la présence de ce revenant qui vient la tourmenter chaque jour à la même heure. Mademoiselle Clairon décède en 1803. Sa tombe est transférée au Père-Lachaise et le fantôme de son soupirant l’y aurait suivie. Chaque nuit, il errerait dans l’allée, fidèle à sa promesse.
2/Vampirisme et porte vers le monde souterrain
La baronne Demidoff
Au détour de la 19e division, sur le chemin des Dragons, un mausolée de marbre blanc surplombe les tombes alentour. Dans ce caveau orné de chauves-souris, de têtes de loups et de symboles maçonniques, repose la baronne russe Élizabeth de Demidoff, morte le 8 avril 1818. Dessinés à l’envers, à la manière du lemniscate (∞), ces chiffres symbolisent l’éternité. Son corps gît dans un cercueil de verre, orienté vers le soleil couchant. Malgré le temps, le cadavre reste, dit-on, dans un parfait état de conservation.
Il paraît que cette femme devenue la vampiresse du Père-Lachaise a laissé un testament macabre après sa mort : à une âme folle qui oserait passer une année entière à ses côtés, la promesse d’une fortune équivalente à un million de dollars d’aujourd’hui. Les prétendants insensés s’y sont cassé les dents. Au bout de quelques jours, tous ont fui le sinistre endroit, apeurés, fous. Mythe ou légende ? Cette histoire fait frissonner, d’autant que certains visiteurs affirment ressentir des sensations de malaise, entendre des murmures étranges et des appels à l’aide à l’approche de son tombeau. D’autres auraient aperçu la défunte, la « Dame blanche » comme on la surnomme, rôder la nuit non loin de sa sépulture mortuaire.
Dracula
Et en matière de vampires, c’est peu dire que les Parisiens sont servis, puisque le plus illustre d’entre eux aurait quitté sa Roumanie natale pour poser ses valises dans la Ville-Lumière ! Dracula, qui a traumatisé des générations entières, aurait également sévi dans le plus grand cimetière de France. Le personnage, qui a inspiré de nombreux écrivains et cinéastes, a d’abord été enterré à Snagov, à 40 kilomètres de Bucarest. En 1932, le cercueil qui devait renfermer son corps (décapité) a été déterré pour des analyses et confié au Musée d’Histoire et d’Archéologie de Bucarest. Seulement, la malle contenant ses restes a disparu et demeure à ce jour introuvable.
Selon une rumeur persistante dans le cercle des adorateurs de Satan, des adeptes de Dracula auraient volé sa dépouille pour l’enterrer dans le cimetière du Père-Lachaise, sous le nom de Leduc. La tombe détonne par son absence de tout signe chrétien. Pas de croix, mais des signes ésotériques (chaudrons, chauve-souris). Sur la grille rouillée, l’usure du temps a dessiné les contours d’une chauve-souris. Dans la pierre, au plus près du sol, un tunnel s’est creusé et mènerait droit aux enfers. Un chat momifié aurait même été découvert dans la tombe de Leduc. De quoi alimenter les rumeurs sur la présence de vampires à Paris.
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3/Des rites occultes au cœur du Père-Lachaise
Mais le cimetière n’est pas que la dernière demeure des monstres. Ceux qui sortent indemnes du chemin des Dragons et de la 49e division peuvent aussi le visiter au rythme de ses rites occultes ou de ses rituels surprenants.
Allan Kardec
Ainsi, dans la 44e division, s’élève depuis 1869 le curieux dolmen d’un personnage méconnu du grand public, père du spiritisme. C’est au cours de l’une de ces séances où l’on invoque les spectres qu’Hippolyte Léon Denizard Rivail, aujourd’hui connu sous le nom d’Allan Kardec, apprend qu’il était druide dans une vie antérieure. Nombreux sont ses admirateurs, notamment les Sud-Américains, qui viennent se recueillir devant sa tombe pour effectuer un curieux rituel consistant à lui caresser la nuque. En effet, le buste du théoricien aurait le pouvoir d’exaucer les souhaits. Avant sa disparition, Allan Kardec aurait tenu ces propos : « Après ma mort, si vous passez me voir, posez la main sur la nuque de la statue qui surplombera ma tombe, puis faites un vœu. Si vous êtes exaucé, revenez avec des fleurs. » Aujourd’hui encore, son caveau est l’un des plus fleuris du Père-Lachaise.
Victor Noir
Mais le spirite n’est pas le seul à qui l’on confère des pouvoirs étonnants. Victor Noir, journaliste de son état, meurt en 1870 à l’âge de 21 ans seulement. Une vie que l’on dirait trop courte si le jeune homme n’attirait pas les femmes après sa mort. Le tout grâce à son gisant en bronze, grandeur nature. Le corps du vingtenaire, tué d’un coup de feu, fut transféré en 1891 au cimetière du Père-Lachaise. C’est alors que le sculpteur Jules Dalou représente son gisant avec un réalisme frappant, allongé sur le sol comme s’il venait de tomber. À côté de lui, un chapeau qui ajoute une dimension dramatique à sa représentation funéraire.
Depuis les années 1960, le tombeau est devenu le centre d’un rituel surprenant. Selon une croyance populaire, toucher l’entrejambe apporterait fertilité et virilité. Caresser les pieds ou embrasser les lèvres, le nez ou le menton de la statue promettrait amour et prospérité. Victor Noir est devenu un véritable objet de culte : des femmes lui rendent visite afin de simuler un acte sexuel qui, dit-on, est la promesse d’une future grossesse. L’usure du bronze de la statue témoigne de ce rituel insolite.
Oscar Wilde
Le romancier irlandais Oscar Wilde, auteur du terrifiant Portrait de Dorian Gray, a lui aussi les faveurs de la gent féminine. En témoignent les centaines de baisers qui, longtemps, ont constellé sa tombe de marques de rouge à lèvres. Outre le talent du dramaturge, cette dévotion trouve peut-être son origine dans l’étrangeté de son caveau. La sépulture d’Oscar Wilde, monumentale et énigmatique, est un autre haut lieu de l’ésotérisme au Père-Lachaise. Sculptée dans un bloc de 20 tonnes de pierre, elle prend la forme d’un sphinx ailé, surnommé le « Flying demon angel ». La sculpture choque par ses attributs sexuels, à tel point qu’elle sera mutilée dans les années 1960.
Mais c’est surtout le rituel des admirateurs de Wilde qui attire l’attention : pendant des décennies, ils déposaient sur la tombe des baisers au rouge à lèvres, recouvrant peu à peu le monument d’une couche écarlate. Ce geste, hommage à la vie et à l’œuvre de l’écrivain persécuté pour son homosexualité, a fini par détériorer la pierre, obligeant les autorités à installer une protection en plexiglas en 2011. Peu à peu, l’endroit est ainsi devenu un symbole de liberté, d’amour et de transgression, où le rituel du baiser s’apparente à une quête de connexion avec l’esprit du poète.
Des morts souvent prématurées et toutes plus intrigantes les unes que les autres. Pas envie de connaître le même sort ? Une petite balade au vert peut augmenter votre espérance de vie. Pour ce faire, de nombreuses visites du cimetière sont organisées. Pour tout connaître des mystères de ce lieu emblématique et l’explorer sous un œil différent, Jacques Sirgent, vampirologue de renom, guide les curieux à travers les allées où le surnaturel côtoie le profane dans une parfaite harmonie. Laissez-vous mener jusqu’à Dracula ou la comtesse Demidoff pour découvrir que sous les pavés du Père-Lachaise, tout n’est pas que repos. De jour, vous ne risquez rien.
Viena Mateos, pour e-Writers
Article rédigé lors du cursus de formation en rédaction web chez FRW
Article relu par Anne, tutrice de formation chez FRW
Sources :
Terreur dans les Carpates : Vlad, le vrai Dracula
https://www.appl-lachaise.net/le-pere-lachaise/
Crédit photo : Pixabay