Un tel exploit semblait impossible, et pourtant un étudiant en informatique de 21 ans a réussi à déchiffrer un mot sur un  parchemin carbonisé datant de l’antiquité. L’artefact a été retrouvé dans les ruines d’Herculanum, ville romaine détruite par l’éruption du Vésuve. Une victoire rendue possible grâce à un algorithme. Découvrez ici les détails de cette prouesse scientifique !

L’IA déchiffre un parchemin carbonisé provenant d’Herculanum après l’éruption du Vésuve

Un parchemin difficilement déchiffrable enroulé sur lui-même

L’éruption du Vésuve avait réduit en cendres les villes de Pompéi et d’Herculanum en l’an 79. Le parchemin a été retrouvé, avec de nombreux autres, dans la bibliothèque d’une villa d’Herculanum. Complètement carbonisé, il se présente sous la forme d’un document fossilisé enroulé sur lui-même, donc difficilement déchiffrable contrairement aux fragments ouverts.

Les premières lettres du parchemin d’Herculanum découvertes par Luke Farritor dans le cadre du Vesuvius Challenge.

Des heures de travail récompensées pour déchiffrer un mot

Luke Farritor, l’étudiant de 21 ans, a avoué avoir passé « des soirées et des nuits entières à travailler sur un programme d’algorithmes variables ». L’un de ces algorithmes a été capable de détecter plusieurs lettres grecques, lui permettant de traduire un mot. Le Vesuvius Challenge, concours lancé par les chercheurs, l’a récompensé en lui versant la somme de 40 000 $ (environ 38 000 €) pour avoir déchiffré plus de 10 caractères. Le but du projet est maintenant de décrypter l’intégralité du parchemin, avec une récompense de 700 000 $ à la clé !

La chasse aux trésors hellénistiques cachés est ouverte

C’est désormais la course pour déchiffrer le texte environnant. Trois lignes du rouleau, contenant jusqu’à dix lettres, seraient maintenant lisibles. Une section récente afficherait au moins quatre colonnes de texte. Le délicat manuscrit carbonisé pourrait livrer un trésor aux historiens, à condition de savoir piloter les algorithmes correctement. L’encre contraste peu avec la couleur du parchemin, qui est de surcroît très abîmé : c’est un défi de taille pour l’IA.

L’IA et la science progressent main dans la main pour déchiffrer l’invisible

Un parchemin scanné aux rayons X pour obtenir une image en 3D

C’est le mot grec « porphyras » (πορϕυρας) qui a pu être révélé. Traduit par « violet » ou « pourpre », il pourrait faire référence à des « tissus violets ». Le parchemin a été passé aux rayons X puis analysé par l’IA. La modélisation des images en 3D a permis de détecter de minuscules différences de textures, et de distinguer des zones recouvertes d’encre.

Un algorithme qui étudie les modifications subtiles de l’encre ancienne

Compte tenu de l’endommagement du document, voir l’intérieur était impossible. Pourtant, les textes sont désormais accessibles à la lecture. À l’origine de cet exploit : un programme d’intelligence artificielle qui se base sur les modifications subtiles que l’encre ancienne a apporté à l’antique parchemin. L’IA ne concerne pas que notre avenir, elle nous ouvre aussi les portes du passé.

Des révélations potentielles sur l’histoire dynastique hellénistique

Les livres anciens encore non ouverts pourraient nous révéler des informations précieuses sur l’époque d’Alexandre (331-323 avant J.C) jusqu’à la domination romaine (31 avant J.C). La bibliothèque dans laquelle le manuscrit a été retrouvé recèlerait d’autres ouvrages, peut-être « de nouvelles pièces de Sophocle, des poèmes de Sappho ou les livres perdus de Tite-Live » selon Robert Fowler, professeur émérite de grec à l’Université de Bristol.

Cette prouesse inédite réalisée par l’IA pourrait « révolutionner notre connaissance de l’histoire et de la littérature antique », souligne Théa Sommerschield, historienne des mondes grecs et romains antiques à l’université Ca’ Fostari de Venise.

Les défis relevés par l’IA vous interpellent ? Lisez aussi cet article : L’IA permet l’identification d’un antibiotique ultime contre A. baumannii, une bactérie mortelle.

 

Caroline Daviau, pour e-Writers.
Article rédigé lors du cursus de formation en rédaction web chez FRW.
Article relu par Jade, tutrice de formation chez FRW.

Sources :

https://www.theguardian.com/science/2023/oct/12/researchers-use-ai-to-read-word-on-ancient-scroll-burned-by-vesuvius

https://www.science-et-vie.com/science-et-culture/intelligence-artificielle-dechiffre-un-livre-perdu-vieux-de-2000-ans-98555.html

https://www.ledevoir.com/societe/794776/serie-codes-secrets-papyrus-maximus

https://scrollprize.org/