Les jeux dangereux à l’école n’ont rien de très nouveau. Les premiers cas d’accidents, avec le célèbre « jeu du foulard », remontent aux années 50. Aujourd’hui certaines pratiques dans les établissements scolaires sont tout aussi préoccupantes. Elles touchent des élèves de tous âges, de la maternelle au lycée. En France, on déplore entre 10 et 15 décès par an d’enfants et d’adolescents  liés à ces jeux qui virent au drame. Zoom sur les passe-temps inquiétants de nos chères têtes blondes et les méthodes de lutte contre ce phénomène.

Pratiques à risque dans les écoles : petit tour d’horizon

Vas-y essaye, c’est mortel, tu verras !

Les filles comme les garçons s’adonnent à des jeux dits de non oxygénation ou d’asphyxie. Ces divertissements sont, vous vous en doutez bien, particulièrement dangereux. Ils ont pour but de procurer des sensations intenses comme des vertiges ou des hallucinations en freinant l’irrigation du sang dans le cerveau. Ces activités sont connues sous des noms candides tels que :

  • Le jeu de la tomate : des concours d’apnée s’organisent et le vainqueur est celui qui arrête de respirer le plus longtemps. Beau programme !
  • Le rêve indien : ce passe-temps répandu dans les cours de récréation et sur TikTok est très populaire auprès des adolescents. La règle consiste à hyperventiler pendant quelques secondes puis à bloquer sa respiration en se mettant le pouce dans la bouche jusqu’à l’évanouissement.
  • Le jeu du Kosmos : le principe d’asphyxie est similaire, mais l’étranglement se fait par un copain !

La liste des jeux dangereux à l’école n’est malheureusement pas exhaustive et les pratiques à risques se renouvellent sans cesse. Le « rêve bleu », le « jeu de la grenouille », « 30 secondes de bonheur » : de bien jolis noms pour évoquer des passe-temps encore trop fréquents dans les établissements scolaires. Certains vont être motivés par la curiosité ou la recherche de sensations fortes. D’autres, plus fragiles, vont agir sous la contrainte ou la pression du groupe. Les conséquences peuvent parfois être irréversibles, voire mortelles.

Certains signes doivent nous alerter :

  • traces rouges autour du cou ;
  • rougeur du fond de l’œil ;
  • diminution brutale de l’acuité visuelle ;
  • maux de tête fréquents ;
  • bourdonnements d’oreilles ;
  • fatigue constante ;
  • perturbation de la concentration et de la mémorisation ;
  • présence de liens inhabituels dans les affaires de votre enfant (ceinture, foulard, etc.) ;
  • modification du comportement (agressivité, repli sur soi, etc).

⏩À lire pour ne pas oublier que jouer est essentiel pour notre équilibre mental à tout âge

Mais m’sieur, c’est pour rire !

Les jeux dits d’agression sont une autre manière de s’« amuser ». La règle est assez basique : faire gratuitement usage de violence physique. Dans le meilleur des cas, les enfants peuvent intégrer la partie de leur plein gré. Mais, la plupart du temps, ces pratiques se font sous la contrainte. Le schéma est très souvent celui d’une victime isolée attaquée par un groupe d’élèves.

Vous connaissez la série sud-coréenne Squid Game ? Les acteurs participent à une chasse au trésor jalonnée par des jeux on ne peut plus innocents à première vue, comme 1, 2, 3 soleil ou encore le tir à la corde. Le principe est simple : tu perds, tu meurs ! Cette série a fait un carton auprès des jeunes. Certains adolescents n’ont pas manqué de s’en inspirer en infligeant brimades et humiliations à leurs camarades.

D’autres activités violentes sont à déplorer dans les établissements scolaires :

  • Le jeu des 12 coups n’est pas récent, mais il revient en force dans les cours de collège. Tu as 12 ans ? Tu auras le droit à 12 coups ! C’est bien souvent une pluie de gifles qui s’abat sur l’élève.
  • Le jeu du flipper : un groupe de jeunes encercle un « camarade », volontaire ou pas. Il se fait frapper et bousculer jusqu’à perdre connaissance.

« Y’a pas d’règles diront certains, c’est rigolo, on s’amuse ! »

Ces pratiques ludico-violentes ont évolué dans le temps. Initialement la victime était choisie au hasard. Aujourd’hui, la cible peut être le camarade qui a eu la moins bonne note, le plus gros ou le plus timide par exemple. On parle alors davantage de harcèlement d’autant plus si le souffre-douleur est toujours le même.

Cap ou pas cap ?

Au programme des activités que l’on préférerait ne pas voir dans les établissements scolaires : les jeux de défis. De nouveaux challenges apparaissent régulièrement dans les cours de récré :

  • La Baleine bleue : venu de Russie, ce jeu entraîne les participants dans une série de 50 épreuves dont l’étape ultime est le suicide.
  • Le Labello Challenge : la règle consiste à couper un morceau de son stick à lèvres dès que l’on ne se sent pas bien. Quand le tube est terminé, les adolescents sont invités à se mutiler, voire à mettre fin à leurs jours.
  • Le Skull breaker Challenge ou le briseur de crâne : il s’agit de faire tomber un camarade en frappant ses jambes au moment où il saute en l’air.
  • Le défi de la cicatrice. Le principe ? Se pincer la joue jusqu’à se marquer de façon indélébile. Les dermatologues déplorent l’apparition d’angiomes stellaires (lésions de la peau en forme d’étoile) liés à ces pratiques.

On l’aura compris, les jeux dangereux se renouvellent et se réinventent à l’infini. Certains jeunes y participent pour s’intégrer à un groupe, pour faire comme tout le monde. D’autres veulent montrer qu’ils n’ont peur de rien.

Des vidéos virales se propagent sur les réseaux sociaux, et sur TikTok principalement. Les jeunes internautes, poussés par la curiosité, y sont très sensibles. Dans ce contexte, il est indispensable de ne pas négliger les effets néfastes des écrans.

Vidéos virales de défis dangereux qui attirent les adolescents

Défis dangereux sur les réseaux sociaux

Jeux dangereux à l’école : mieux vaut prévenir que guérir

Le dialogue comme arme de prévention massive

Connaître l’existence de ces jeux est important, mais ce n’est pas suffisant. Les enfants qui prennent de tels risques ont conscience de transgresser un interdit. Ils vont donc tout naturellement chercher à dissimuler ces pratiques pour ne pas inquiéter leurs parents. Pour protéger nos chères têtes blondes, il est alors primordial de maintenir une bonne communication :

  • Être attentif sans être intrusif.
  • Évoquer l’existence de ces jeux sans cibler son école.
  • Rappeler les conséquences que peuvent avoir certains actes.
  • Inciter son enfant à se rapprocher d’un adulte en cas de besoin.
  • Permettre le dialogue en créant un climat de confiance.

Il s’agit finalement de bien comprendre le comportement de nos jeunes pour mieux les guider. Cette approche est un des fondements de la parentalité positive.

Développer les compétences psychosociales de votre enfant

Le concept de compétences psychosociales (CPS ou « life skills » en anglais) est encore méconnu. C’est pourtant une notion introduite par l’Organisation mondiale de la santé en 1993. Eh oui, au siècle dernier ! Le temps d’infusion est certes long, mais cela vaut vraiment le coup de s’en saisir. L’idée est d’apporter à son enfant les clés pour aborder toutes les situations de manière adaptée. Le bien-être physique et psychique est le terreau de l’épanouissement.

« Les compétences psychosociales sont la capacité d’une personne à répondre avec efficacité aux exigences et aux épreuves de la vie quotidienne. C’est l’aptitude d’une personne à maintenir un état de bien-être mental, en adoptant un comportement approprié et positif à l’occasion des relations entretenues avec les autres, sa propre culture et son environnement».

Organisation mondiale de la santé (OMS)

 

Prévenir la pratique des jeux dangereux à l'école par l'acquisition des compétences psychocociales Les compétences psychosociales comme arme de prévention. © Le Guen Lénaïg

 

Ne vous laissez pas impressionner par le nombre et la densité des savoir-faire requis. Votre enfant en a certainement déjà beaucoup. Pour vous aider dans cette quête du Graal, n’hésitez pas à vous inspirer des activités proposées dans le cartable de l’IREPS (Institut régional d’éducation et de promotion de la santé). Vous y trouverez de nombreuses fiches outils concrètes pour favoriser le développement des compétences psychosociales.

Le développement des CSP améliore :

  • le bien-être psychologique ;
  • la gestion des émotions ;
  • la qualité relationnelle ;
  • les comportements favorables à la santé ;
  • l’autonomie et la responsabilisation ;
  • le climat scolaire, la réussite éducative et professionnelle.

🎁Si vous cherchez une idée cadeau pour vos enfants, ne passez pas à côté des incontournables jeux de société à offrir

Rassurez vous, tous les enfants ne sont pas concernés par ces prises de risque. La très grande majorité sait s’amuser sans se mettre en danger. Favoriser la confiance en soi de nos progénitures reste LA solution pour lutter contre ces pratiques parfois dramatiques. De nombreuses actions de sensibilisation et de prévention sont menées en milieu scolaire. Si vous avez le moindre doute, la moindre question, vous pouvez vous rapprocher du chef d’établissement, de l’équipe enseignante, de l’infirmière ou de toute autre personne de l’équipe éducative. Le lien avec le personnel pédagogique est essentiel pour combattre ce phénomène. L’APEAS (Accompagner-Prévenir-Éduquer-Agir-Sauver) est également une ressource incontournable. Cette association lutte depuis 2002 contre les accidents dus à des jeux dangereux par l’accompagnement des parents et des professionnels de l’enfance. Apprenons à nos enfants à “bien vivre ensemble”. La mise en danger n’est pas une fatalité.

Lénaïg Le Guen pour e-Writers
Article rédigé lors du cursus de formation en rédaction web chez FRW
Article relu par Charlotte, tutrice de formation chez FRW

Sources :

Santé publique France
CAIRN
Ooreka famille
La revue du praticien
Crédit photo : image libre de droits – Pixabay
Crédit photo couverture : Le Guen Lénaïg