Dépression, stress chronique… Tout le monde le sait, le bien-être psychique occupe aujourd’hui une place capitale dans notre société. Ce que personne ne soupçonne en revanche, c’est que le microbiote intestinal détient le premier rôle.
En effet, ce vaste écosystème composé de micro-organismes en tout genre (bactéries, champignons microscopiques) n’est pas baptisé le « deuxième cerveau » sans raison. Confortablement niché au cœur du côlon, il communique secrètement avec notre tête pensante, le maître des décisions : notre encéphale !
Comment le microbiote intestinal et la santé mentale sont-ils liés ? Quelle explication donner à cette recrudescence de troubles mentaux ? Afin de mieux comprendre le fonctionnement de ce lien étonnant, partons explorer les secrets bien gardés de l’axe intestin-cerveau !

1- L’axe intestin-cerveau : un acteur clé de l’équilibre mental

Vous est-il déjà arrivé d’avoir la « boule au ventre » avant un rendez-vous crucial ?
Comme la sensation qu’une rave party palpitante se déroule à l’intérieur !

Depuis quelques décennies, l’équilibre mental fait parler de lui au sein du milieu scientifique. Les nombreuses études cumulées ont permis de confirmer que notre cerveau était loin d’être l’unique moteur de nos ressentis. En effet, il communique en permanence avec les intestins et le microbiote qui jouent un rôle essentiel dans la gestion de nos émotions.
Ce lien porte un nom : l’axe intestin-cerveau.
Un conseil, retenez-le bien, car il vous suivra tout au long de votre lecture !

2- La communication intestin-cerveau : SNE et nerf vague, des éléments majeurs dans la transmission d’informations

Cette relation qu’entretient l’axe intestin-cerveau est dite « bidirectionnelle ». Cela signifie qu’elle s’effectue dans les deux sens : du bas vers le haut et du haut vers le bas.
Cependant, difficile d’imaginer qu’un cerveau puisse prendre la parole, non ? Alors un côlon, n’en parlons pas !
Heureusement, la communication se fait plus discrètement entre nos deux organes. Grâce aux différents systèmes nerveux, les messagers peuvent circuler librement et accomplir leur mission avec succès.

Le Système Nerveux Entérique

Le Système Nerveux Entérique (SNE) plus communément appelé « deuxième cerveau » constitue la structure nerveuse propre à l’intestin. Ce réseau neuronal (200 millions, rien que ça) a pour mission principale de nous permettre de digérer correctement ce que nous avalons. Pour ce faire, ce chef d’orchestre ordonne la sécrétion de substances utiles à la digestion. De plus, c’est lui qui communique en permanence avec le système nerveux central – notre « vrai » cerveau – par le biais du nerf vague.

Ainsi, lorsque vous vous apprêtez à déguster un plat gourmand et savoureux, votre encéphale enregistre l’information et l’envoie illico presto à votre côlon. De son côté, le « deuxième cerveau » exige la sécrétion d’enzymes pour garantir une digestion dans les meilleures conditions. Pratique, n’est-ce pas ?

Le nerf vague

Le nerf vague est un médiateur dans la transmission d’informations. C’est ce dernier qui permet une communication juste et précise entre le cerveau et le microbiote.
Vous l’aurez compris, c’est par le biais du nerf vague que nos pensées et nos émotions affectent notre santé intestinale. Grâce à lui, les hormones et neurotransmetteurs sont assurés d’arriver à destination !

À présent, vous savez que le microbiote joue un rôle majeur dans notre équilibre mental.
Toutefois, dans le monde occidental, il n’est pas anodin d’observer une augmentation considérable de troubles psychologiques et de maladies chroniques intestinales.
En raison d’un bon nombre de facteurs externes, ces pathologies apparaissent essentiellement lors d’une mauvaise communication entre le cerveau et l’intestin : les signaux envoyés peuvent être erronés ou les messages réceptionnés mal compris ou surinterprétés. Un problème de fibre optique, peut-être ?

3- La dysbiose : les perturbations du lien intestino-cérébral

Heureusement pour nos deux inséparables, il n’est pas nécessaire de changer d’opérateur téléphonique (imaginez le calvaire !).
Ces dysfonctionnements de la flore intestinale que l’on nomme « dysbioses » sont causés par des éléments extérieurs, souvent propres à notre société.

L’alimentation peu équilibrée et ultra-transformée

Ce n’est un secret pour personne, l’alimentation est l’élément majeur de notre bien-être intestinal (et donc mental, vous l’avez ?). Les études le stipulent : une alimentation peu équilibrée et riche en produits ultra-transformés favorise les phénomènes d’inflammation de bas grade. Cependant, inutile de jeter tous les biscuits du placard, le but n’est pas de vous priver. Le plaisir peut toujours s’accompagner d’un peu de modération.

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La sédentarité et l’excès de sport

Plus besoin de clamer haut et fort tous les bienfaits qu’apporte une activité physique régulière ! Pratiquer un sport durablement augmenterait la diversité bactérienne intestinale au profit des espèces bénéfiques. Ce n’est pas sorcier, pour être en bonne santé, il faut bouger un peu, beaucoup, passionnément, mais sans trop faire de folies (l’excès serait contre-productif !).

Les médicaments et antibiotiques

Bien qu’ils nous soignent dans les moments opportuns, certains médicaments et antibiotiques perturbent l’équilibre de notre flore intestinale. Malheureusement, ces derniers ne font aucune différence entre les bactéries à éradiquer et celles bénéfiques pour notre santé.

L’hygiène de vie en général régit l’état de notre population microbienne. D’autres facteurs : tabac, alcool, drogues, stress et sommeil influencent sévèrement notre santé digestive et mentale. Aujourd’hui, prendre soin de sa flore revêt une importance cruciale dans la pérennité de notre bien-être. Accordez-lui l’attention qu’elle mérite !

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4- Microbiote intestinal et santé mentale : troubles psychologiques et maladies chroniques

La dépression et l’anxiété sont probablement deux des problèmes de santé mentale les plus courants de notre époque. Les récentes études scientifiques le confirment : un microbiote intestinal déséquilibré affecte notre hippocampe responsable de la régulation de l’humeur.
Aussi, ces dernières ont observé que les personnes souffrant de problèmes gastro-intestinaux sont plus susceptibles de souffrir de dépression et d’anxiété que celles qui n’en souffrent pas. La suite est plutôt facile à deviner, la liste des maladies pouvant résulter du dysfonctionnement de l’axe intestin-cerveau se rallonge.

⇒ Troubles gastro-intestinaux :

  • syndrome de l’intestin irritable ;
  • maladies chroniques inflammatoires de l’intestin (MICI) ;
  • dyspepsie fonctionnelle.

⇒ Maladies métaboliques :

  • anorexie mentale ;
  • obésité ;
  • diabète T2.

⇒ Maladies neuropsychiatriques :

⇒ Maladies neurodégénératives :

5- Le rôle des neurotransmetteurs : piliers de la santé mentale

Les messagers chimiques indispensables

Un neurotransmetteur (ou neuromédiateur) est un messager chimique. Ces molécules sont très différentes les unes des autres et ne possèdent donc pas les mêmes capacités. Certaines ont la faculté d’amplifier l’influx nerveux, d’autres de l’inhiber.

Les neuromédiateurs qui nous intéressent sont au nombre de trois et constituent des piliers de notre santé mentale :

  • La sérotonine : considérée comme « l’hormone du bonheur ». Cette dernière est produite à plus de 95 % par les cellules de l’intestin. Elle influe sur l’humeur, les sentiments de bonheur et de plaisir et également sur l’appétit.
  • La dopamine : la fameuse « hormone du bien-être ». La synthèse de la dopamine est activée par des enzymes contrôlées par le microbiote intestinal. Comme la sérotonine, elle influe sur notre humeur.
  • L’acide gamma-aminobutyrique (GABA) : acide aminé très répandu dans les neurones du cerveau. Il a la capacité de les calmer et de les protéger contre la surcharge de stimuli. Il est donc tout naturellement associé à la réduction du stress et à l’amélioration du sommeil.

La communication neuromédiateurs-microbiote-troubles mentaux

Le pouvoir des neurotransmetteurs est immense. Cependant, ces derniers possèdent un défaut : ils sont extrêmement influencés par notre microbiote intestinal.
En effet, l’écosystème microbien a la faculté de réguler le niveau de neuromédiateurs chez son hôte. De ce fait, lorsqu’un déséquilibre se produit, cela favorise l’apparition de troubles mentaux.
Le bémol, c’est qu’en période de stress prolongé, les niveaux de neuromédiateurs s’épuisent également. Vous l’aurez compris, la flore intestinale, les neuromédiateurs et les troubles mentaux s’influencent mutuellement en formant un triangle d’interactions.

Schéma de la relation triangulaire bidirectionnelle avec flèches des neurotransmetteurs, microbiote intestinal et des troubles mentaux

« La relation triangulaire bidirectionnelle entre les neurotransmetteurs, le microbiote intestinal et les troubles mentaux. » – crédit : Influence of Gut Microbiota on Mental Health via Neurotransmitters : A Review

La compréhension de cette relation triangulaire est bénéfique pour le traitement des troubles mentaux. Les personnes souffrant de dépression peuvent espérer améliorer leur état de santé en modulant le microbiote intestinal.

Pour conclure, c’est en explorant les subtilités de la connexion intestin-cerveau que nous avons découvert un univers fascinant dans lequel les micro-organismes, les neuromédiateurs et l’équilibre mental règnent en symbiose. Cela révèle l’importance cruciale de notre flore intestinale dans la régulation de nos émotions et de notre bien-être psychique. Comprendre ces interactions (assez complexes, disons-le) ouvre des perspectives prometteuses pour le traitement des troubles mentaux. En modulant notre microbiote intestinal, nous offrons l’espoir d’améliorer notre bien-être en agissant sur notre écosystème interne. Prenons réellement conscience de l’impact profond de notre flore sur notre équilibre psychique et accordons-lui l’attention qu’elle mérite.

Charlène Corrot, pour e-Writers
Article rédigé lors du cursus de formation en rédaction web chez FRW.
Article relu par Andrée, tutrice de formation chez FRW.

Sources
HIFAS da TERRA : comment votre microbiote intestinal peut affecter votre cerveau et votre humeur
CDHF (Fondation Canadienne de la Santé Digestive) : le lien entre l’intestin, l’humeur et le comportement
ScienceDirect : The gut microbiota and mental health in adults