Militer en ligne, quelles retombées ?

Aujourd’hui, le numérique semble être incontournable dans le panel d’outils du militant. L’engagement politique sur Internet a ouvert de nouvelles portes pour entreprendre des actions. Quelles sont donc les retombées lorsqu’on décide de militer en ligne ? Peut-on parler de militantisme ou s’agit-il de slacktivisme ? Concentrons-nous sur l’espace public des médias sociaux. Les activistes utilisent la viralité du Web pour créer des communautés en ligne. Observons l’articulation entre réseaux sociaux et engagement politique pour mieux comprendre la répercussion du cyberactivisme.

La puissance de l’espace numérique comme outil militant

La nouvelle arène du militantisme

Commençons par définir ce qu’est le militantisme. C’est s’engager envers une cause pour :

  • défendre ;
  • sensibiliser ;
  • déconstruire.

C’est se positionner dans le monde avec l’intention de vouloir le changer, mais surtout la conviction de pouvoir le faire. C’est aussi mener des actions avec un but politique à la fois concret et précis pour changer les choses.

Le cyberactivisme quant à lui fait référence à l’utilisation de la technologie et des médias sociaux pour réagir aux bouleversements politiques et sociaux. Depuis plusieurs années l’avènement des outils numériques comme espace public est indéniable. Par exemple, utiliser Instagram comme outil d’activisme est courant. D’autres canaux similaires ont permis aux organisations militantes et aux activistes de favoriser l’accès à l’information et la mise en communauté.

« Internet et les réseaux sociaux forment une nouvelle arène qui permet aux contre-publics de donner de la visibilité à des aspects de discours sous-représentés dans les médias dominants. » Clément Mabi – Chercheur, Université de Technologie de Compiègne.

Grâce à ces plateformes, ces voix, parfois dominées ou silenciées par les médias traditionnels et certaines entités politiques, peuvent enfin exister. Il y a une transformation de la hiérarchie des discours.

« L’échange politique sur la toile se caractérise en effet par une transformation des règles de l’accès à l’espace public qui fait que la production de contenus n’est plus réservée à certaines catégories d’acteurs, à l’instar des journalistes, mais est désormais ouverte à tous. » Clément Mabi.

Ainsi, les contre-discours se font entendre grâce aux réseaux sociaux qui permettent de démocratiser l’accès à ces contenus.
Voici quelques exemples de plateformes favorisant cela :

  • Instagram pour avoir une vitrine d’ensemble.
  • X (anciennement Twitter) pour interpeller et dénoncer des personnalités et débattre instantanément sur des sujets brûlants.
  • TikTok pour relayer de courtes vidéos avec des messages percutants.

COVID19 : phase d’accélération du cyberactivisme

Pendant la crise sanitaire mondiale causée par la COVID19 et les phases de confinement, la tendance au militantisme en ligne s’est accélérée. Le plus notoire est le mouvement Black Lives Matter (BLM) qui s’est embrasé à l’international suite à la mort de Georges Floyd. De la même manière, la mouvance #MeToo, sur les agressions et le harcèlement sexuels, a connu une visibilité accélérée. Grâce aux réseaux sociaux, les jeunes en particulier, se sont véritablement emparés de ces problématiques.

En juin 2020, le mouvement BLM a engendré un débat mondial sur le racisme. TikTok a été une plateforme clé qui a permis aux jeunes de s’impliquer et de militer contre le racisme. En août 2020, les vidéos évoquant BLM avec le hashtag #Blacklivesmatter comptabilisaient plus de 7 milliards de vues, soit seulement un mois après les événements. Ces initiatives inspirent, comme en témoigne le manifeste signé par les employés de l’Opéra National sur la question raciale, à l’occasion de la nomination de Guillaume Diop en tant que danseur étoile.

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Les limites des réseaux sociaux pour militer en ligne

Un militantisme performatif ?

Cependant, comme dans tout nouveau courant, il y a des limites et des défis à prendre en compte. Tout d’abord, il ne faut pas oublier le caractère narcissique des réseaux sociaux. Pour certains, le militantisme en ligne sur ces outils sert davantage à flatter son ego en se valorisant. Il s’agirait d’un militantisme purement « performatif », en prétendant afficher son soutien, mais en n’apportant aucune action concrète derrière. C’est pourquoi cette forme d’activisme s’accompagne de certains néologismes tels que le « slacktivisme ». De l’anglais « slack », adjectif synonyme de fainéant, ce terme sous-entend donc qu’il s’agit d’un militantisme paresseux. Les actions menées seraient faciles, car elles ne demandent aucun effort ni sacrifice.

En revanche, pour les activistes les plus engagés, il y a un risque non négligeable pour eux. À l’heure où le harcèlement en ligne provoque des dommages conséquents dans la vie des individus concernés, les militants de certaines causes sont en première ligne. En effet, le cyberactivisme signifie souvent s’exposer et sortir de l’anonymat en risquant de se voir critiquer de façon parfois violente et très personnelle. Inversement, pour les figures de proue de certaines causes, il existe une pression importante sur la prise de parole lorsque surviennent des événements. Il est attendu d’eux qu’ils s’expriment, car il y a une personnalisation du militant. C’est donc une charge qui peut être assez lourde.

De nouveaux obstacles : la désinformation et la censure

Les réseaux sociaux sont connus pour leur viralité et des formats souvent courts pouvant paraître superficiels. Les fausses informations se propagent rapidement. Un exemple récent de désinformation concerne la diffusion virale d’un tweet lors de l’offensive du Hamas le 7 octobre 2023. Le compte officiel d’Israël a publié le 10 octobre sur son compte X une affirmation brutale et choquante « 40 bébés assassinés » en reprenant une vidéo de la chaîne israélienne i24. Cette affirmation sans fondement enflamme non seulement les médias, mais aussi toute la Toile. Ceci peut être un véritable problème dans la mesure où beaucoup de personnes, en particulier les plus jeunes, obtiennent aujourd’hui leurs informations à partir des médias sociaux.

Parallèlement à ce risque de désinformation, l’environnement politique a aussi un impact sur les réseaux sociaux. En 2023, Meta a déclenché un tollé en censurant quasi systématiquement les voix pro-palestiniennes s’élevant contre le génocide en cours à Gaza. Human Rights Watch a ainsi documenté près de 1 050 suppressions et contenus retirés par Instagram et Facebook sur ce sujet. En février 2024, le journal britannique The Guardian, révélait que Meta considérait revoir son règlement concernant l’incitation à la haine avec le mot « sionisme », exacerbant l’inquiétude des organisations et activistes pro-palestiniens. Adam Mosseri, responsable d’Instagram et Threads, a aussi annoncé vouloir limiter les contenus politiques au profit de contenus plus divertissants. Inversement, certains de ces outils permettent aussi de contourner les plateformes contrôlées et censurées, cela a été le cas de la guerre en Ukraine grâce à Telegram en 2023.

Malgré tout, la viralité des contenus sur les réseaux sociaux et l’effet de masse engendrés permettent de décupler les effets des actions militantes.

Le cyberactivisme comme outil d’amplification du militantisme

Favoriser l’expression collective

Certains parlent ainsi de « clicktivisme » en expliquant que ce serait une façon d’éduquer et de sensibiliser le plus grand nombre à certaines problématiques. Utilisés correctement les médias sociaux permettent de faire le pont entre les communautés pour s’organiser collectivement.

C’est ainsi que s’est formé le collectif afroféministe Mwasi. Les membres témoignent qu’auparavant elles souffraient d’un certain dénigrement. Elles n’étaient pas reconnues comme des militantes féministes légitimes au regard du système patriarcal qui ont longtemps délégitimé leurs prises de paroles individuelles. Le cyberactivisme, et en particulier les réseaux sociaux, leur a permis de se réunir pour faire front commun. Faire collectif permet donc de sortir des limites de l’individuel et du « militantisme performatif ». Cela permet aussi d’éviter les pièges de la désinformation lorsque l’on s’exprime au nom d’un collectif, car davantage d’attention est prêtée au contenu partagé.

Faire pencher la balance : impact sur les entreprises

Le cyberactivisme se répercute aussi sur les entreprises. Spontanément, les nouvelles générations attendent des marques qu’elles prennent position sur certaines causes et participent au débat. La neutralité, soit l’immobilisme, n’est plus acceptable et les consommateurs veulent des marques aux valeurs claires, alignées avec les leurs. C’est donc un véritable tournant qui s’est opéré pour le marketing d’influence. Les influenceurs jouent ainsi un rôle clé, l’authenticité et la transparence sont cependant de mise pour espérer pouvoir convaincre les internautes de la Gen Z, la plus exigeante sur ce créneau. Ce tournant s’est confirmé pendant le mouvement BML où 80% des marques ont pris position, à l’instar de la marque TOMS qui a organisé une campagne de dons pendant 3 mois aux associations luttant contre le racisme.

 

Impact du Cyberactivisme : Black Lives Matter Positionnement de TOMS sur les réseaux sociaux

Impact de l’engagement sur les réseaux : TOMS prend position sur le mouvement Black Lives matter sur Instagram

De cette manière, la valeur des actions menées sur les réseaux et les actes militants dans le réel sont intrinsèquement liés. Brisant les frontières géographiques et sociales, le cyberactivisme sur les réseaux permet aussi de se réunir pour faire collectif, et faire entendre les voix à contre-courant des discours dominants pour faire bouger les choses. Utilisés à bon escient et efficacement, ces outils numériques permettent d’amplifier les messages.

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Sources

Méline Keoxay, pour eWriters
Article rédigé lors du cursus de formation en rédaction web chez FRW.
Article relu par Andrée, tutrice de formation chez FRW.